dimanche 27 novembre 2016

La femme de Province vue par Balzac...

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"...En acceptant pour femmes celles-là seulement qui satisfont au programme arrêté dans la Physiologie du mariage, programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il existe à Paris plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables : il y a la duchesse et la femme du financier, l’ambassadrice et la femme du consul, la femme du ministre qui est ministre et la femme de celui qui ne l’est plus ; il y a la femme comme il faut de la rive droite et celle de la rive gauche de la Seine. Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doit parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n’est pas ici le lieu de vous amuser par la description de ces charmantes distinctions avec lesquelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plumes au vent et de regards perdus, de joie indiscrète et de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts et de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelles anciennes sur de jeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijouteries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d’autres oeuvres d’art.

Mais en province il n’y a qu’une femme, et cette pauvre femme est la femme de province ; je vous le jure, il n’y en a pas deux. Cette observation indique une des grandes plaies de notre société moderne. La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s’abat sur son château pour habiter sa terre pendant sept mois, n’est pas une femme de province. Est-elle une femme de province, l’épouse de cet Omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept ans, depuis que les ministères constitutionnels ont inventé le Longchamp des préfectures ? La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra ? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre pour tracer ce caractère..."

"...Sachons-le bien ! la France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province : la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l’argent. Autrefois Paris était la première ville de province, la Cour primait la Ville ; maintenant Paris est toute la Cour, la Province est toute la Ville. La femme de province est donc dans un état constant de flagrante infériorité. Aucune créature ne veut s’avouer un pareil fait, tout en en souffrant. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore : elle est mariée à un homme excessivement ordinaire, vulgaire et commun. Les gens de talent, les artistes, les hommes supérieurs, tout coq à plumes éclatantes s’envole à Paris. Inférieure comme femme, elle est encore inférieure par son mari. Vivez donc heureuses avec ces deux pensées écrasantes ! Son mari n’est pas seulement ordinaire, vulgaire et commun, il est ennuyeux, et vous devez connaître ce fameux exploit signifié à je ne sais quel prince, requête de M. de Lauraguais, par lequel on lui faisait commandement de ne plus revenir chez Sophie Arnoult, attendu qu’il l’ennuyait, et que les effets de l’ennui, chez une femme, allaient jusqu’à lui changer le caractère, la figure, lui faire perdre sa beauté, etc. A l’exploit était joint une consultation signée de plusieurs médecins célèbres qui justifiaient les dires de la signification. La vie de province est l’ennui organisé, l’ennui déguisé sous mille formes ; enfin l’ennui est le fond de la langue.

Que faire ? Ah ! l’on se jette avec désespoir dans les confitures et dans les lessives, dans l’économie domestique, dans les plaisirs ruraux de la vendange, de la moisson, dans la conservation des fruits, dans la broderie des fichus, dans les soins de la maternité, dans les intrigues de petite ville. Chaque femme s’adonne à ce qui, selon son caractère, lui paraît un plaisir. On tracasse un piano inamovible qui sonne comme un chaudron au bout de la septième année et qui finit ses jours, asthmatique, à la campagne. On suit les offices, on est catholique en désespoir de cause, l’on s’entretient des différents crûs de la parole de Dieu ; l’on compare l’abbé Guinaud à l’abbé Ratond, l’abbé Friand à l’abbé Duret. On joue aux cartes le soir, après avoir dansé pendant douze années avec les mêmes personnes dans les mêmes salons. Cette belle vie est entremêlée de promenades solennelles sur le mail, sur le pont, sur le rempart, de visites d’étiquette entre voisins de campagne. La conversation est bornée au sud de l’intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l’eau dormante de la vie de province, au nord par les mariages sur le tapis, à l’ouest par les jalousies, à l’est par les petits mots piquants.

Un profond désespoir ou une stupide résignation, ou l’un ou l’autre, il n’y a pas de choix, tel est le tuf sur lequel repose cette vie féminine et où s’arrêtent mille pensées stagnantes qui, sans féconder le terrain, y nourrissent les fleurs étiolées de ces âmes désertes. Ne croyez pas à l’insouciance ! L’insouciance tient au désespoir ou à la résignation..."

lundi 14 novembre 2016

L'assureur dommages-ouvrage ne garantit que la construction initale

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Celui qui fait construire sa maison, l’aventure d’une vie, le maître de l’ouvrage va souscrire un contrat d’assurance dommages ouvrage lequel est destiné à préfinancer les travaux de reprise, en cas de désordres, dans la limite des garanties contractuelles.
Parfois la tentation viendra de faire, par exemple, d’une cave, ou bien d’un garage une pièce de vie.
Au-delà même de la conformité avec les règles d’urbanisme, il faut avoir conscience du fait que si des désordres affectent cette pièce transformée, l’assureur dommages ouvrage n’aura pas à intervenir dans leur réparation.
En effet la Cour de cassation rappelle, dans un arrêt du 30 juin 2016, que l’assureur dommages ouvrage ne peut être tenu à garantir que les désordres affectant l’objet assuré par les stipulations contractuelles.
Le contrat, tout le contrat, mais rien que le contrat .

samedi 12 novembre 2016

De nos jours, rat des villes et rat des champs


Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.


La morale de cette histoire
Est que notre ami le rat des champs
Voudrait avec ses enfants
Demain simplement manger et boire 

jeudi 10 novembre 2016

Bobos des villes et populistes des champs!

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On parle de Londres comme ville-monde et il est de bon ton de trouver cela magnifique, symbole de progrès.
Mais le peuple britannique a voté le Brexit.
Et voilà que les États-Unis élisent un "méchant" dont chacun se gausse à l’envie.
Et chez nous, en France, monte aussi le populisme, appuyé d’ailleurs par des politiques qui croient utile d'en rajouter dans l’outrance et la vulgarité artificielles.
Alors, les journalistes, les artistes, les joueurs de foot de dire que ces votes de révolte sont pitoyables, selon le mot de Madame Clinton sur les électeurs de l’autre camp.
Et de vouloir éduquer le peuple, puisqu’il existe, cet importun.
Dans les pays se développent des mégapoles où sont concentrés les activités économiques, la santé, le pouvoir ; l’avenir.
Et le reste des territoires entre en déshérence.
Il en est ainsi aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France.
Pauvreté muette, chômage, fracture numérique aussi.
Déclassement.
Déclassement qui touche aussi d’ailleurs, à l’intérieur des mégapoles mêmes, certaines classes sociales, certaines professions.
On vante la rapidité du changement technologique en fabriquant de l’exclusion.
Et chez nous, alors que chacun a conscience de l’impossibilité de suivre pour les petits les changements multiples et également les normes, l’administration continue à produire en fait du désordre pour ne pas arrêter sa folie textuelle avec la complicité lâche des politiques.
N’existe-t-il pas au fond deux difficultés majeures?
D’abord à l’évidence la cassure des pays, car ce que l’on appelle, par exemple, la France périphérique, celle laissée à l’abandon, des territoires ruraux, des petites villes, des professions traditionnelles représente 60 % de la population et rien n’est fait pour elle, ce qui est la source même des votes populistes.
Ensuite la classe dirigeante, économique, politique, médiatique, ne connaît pas cette France-là et continue à lui tenir des discours vides, vaniteux,  paraissant ressembler à une rouge muleta devant un taureau furieux.
La vérité, c’est que le peuple existe physiquement et qu’à force de ne pas résoudre ses problèmes et de lui raconter des contes gentillets  en voulant l’éduquer comme un enfant, les digues un jour cèdent.

Et c’est maintenant !