samedi 6 octobre 2018

Les petits tracas d'un avocat marseillais

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Avocat.
Laissons là les poncifs, les bouches de la profession, les pénalistes glorieux, les bâtonniers décorés au verbe haut, les magiciens du droit qui croient que mettre un nouveau mot sur une démarche en change la nature.
Chacun sait que le mouvement s’impose puisque le temps s’accélère, pas de quoi en faire une bouillabaisse.
La majorité des avocats exercent en TPE et cela correspond à la plupart des besoins d’ailleurs. c’est ainsi.
Je viens de raccrocher mon téléphone.
39 01, comme un coté 36 15 pour les antiques.
Service pro d’orange, peu performant pour les petites structures d’ailleurs.
C’est que depuis jeudi 15 heures le cabinet n’a plus ni téléphone, ni internet.
39 01 et twitter et Facebook pour faire réagir.
Un répartiteur a grillé quelque part est-il dit, mais nulle odeur pourtant.
Intervention reportée qui devait être hier et tous les appels au cabinet transférés sur mon portable.
Un à 1 heures du matin, je n’ai pas répondu, désolé.
Et puis le banquier, ah le banquier.
On lui demande des relevés bancaires bimensuels.
Un problème chez lui dit-il, donc nous ne recevons que des relevés du 15 à la fin du mois.
Et internet ?
Là les références de certains clients qui paient par virement ne comportent pas le numéro de facture à l’inverse du relevé papier.
Alors l’expert-comptable mémorialiste ne s’y retrouve pas.
Mémorialiste, je sais, c’est bizarre, mais tout est un peu bizarre.
Et puis ce dossier délicat que l’on prépare hier.
Clôture en juillet, audience le 8 octobre.
Un lundi pour la chambre immobilière ?
Etrange.
8 octobre …2019.
Le logiciel avait importé la bonne date.
L’humain n’avait pas voulu y croire dans le tréfond de sa conscience professionnelle de TPE du droit…
Rien de bien grave, rien de bien rare.
Comme des rouages qui manquent un peu d’huile…
Vous voyez, je suis avocat représentatif de cette profession.
Comme tant d’anonymes représentent la leur qui doivent tracer leur chemin malgré les clameurs, les fureurs, du temps numérique et ses artifices trompeurs.
Avec un ennuyeux sérieux.
Mais ce matin, du coté de 6 heures ma douce associée (et épouse, rien de croustillant) de dire : « à peine levé, tu fais le couillon ».
C’est rassurant !

dimanche 23 septembre 2018

Le vase brisé


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Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.
Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute ;
N’y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit ;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.
René-François Sully Prudhomme, Stances et poèmes

mercredi 29 août 2018

L'enfant suicidé et le pape.

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Dans le flux incessant de l’actualité émerge cette histoire triste d’un enfant américain de 9 ans révélant à l’école son homosexualité, se trouvant en conséquence harcelé et, en conclusion, se suicidant.
Que de questions ? Que sait-on à 9 ans ? Comment l’entourage a-t-il agi ou réagi ? 
Quelle protection ?
Quelle aide psy aurait-elle pu être apportée ?
Rien n’est dit.
Dans un avion, le pape s’exprimant sur l’homosexualité dans un propos concernant les catholiques, ses ouailles, insiste sur l’écoute, le dialogue, la compréhension et évoque l’hypothèse dans certains cas d’une aide psy.
Ce propos, s’il peut être considéré comme maladroit, et probablement l’est-il d’ailleurs attire l’attention sur ces situations-là et sur l’appui qu’il faut apporter.
Le propos ne vise pas à faire soigner l’enfant, le guérir de son homosexualité, mais à aider l’humain à vivre et probablement d’ailleurs à dire aux familles catholiques qu’il n’y a pas de rejet à avoir ou à manifester car celui-là existe.
Combien d’ados ont-ils été rejetés par leur famille au nom de la religion ?
Depuis un déferlement de tweets, posts et autre se fait sur une analyse tronquée du propos, avec pétitions diverses sans vérification aucune.
Et c’est la plaie de l’information actuellement de privilégier la certitude du buzz plutôt que l’exactitude de l’information.
Combien de titres racoleurs voit-on pour réaliser ensuite que l’article ne correspond pas, par exemple.
Ce sentiment-là que l’important, c’est la haine…
la crucifixion médiatique.

mercredi 15 août 2018

A Notre Dame de Chartres, Charles Péguy

Charles-Peguy.jpg

« Étoile du matin, inaccessible Reine,
Voici que nous marchons vers Votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l’océan de notre immense peine.

Ainsi nous naviguons vers Votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de Votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D’un pas toujours égal, sans hâte ni recours.
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches...

Nous sommes nés pour Vous au bord de ce plateau,
Dans le recourbement de notre blonde Loire,
Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire
N’est là que pour baiser Votre auguste manteau.

Un homme de chez nous, de la glèbe féconde
A fait jaillir ici d’un seul enlèvement,
Et d’une seule source et d’un seul portement,
Vers Votre assomption la flèche unique au monde.

Tour de David, voici Votre tour beauceronne.
C’est l’épi le plus dur qui soit jamais monté
Vers un ciel de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron dedans Votre couronne.

Un homme de chez nous a fait ici jaillir,
Depuis le ras du sol jusqu’au pied de la Croix,
Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois,
La Flèche irréprochable et qui ne peut faillir.

C’est la Pierre sans tache et la Pierre sans faute,
La plus haute Oraison qu’on ait jamais portée,
La plus droite Raison qu’on ait jamais jetée,
Et vers un ciel sans bord la Ligne la plus haute ».

Ainsi soit-il.


Charles Péguy (1873-1914)

lundi 23 juillet 2018

Parce que c'était lui, parce que c'était moi...Toujours d'actualité


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« Au  demeurant, ce que nous appelons d’ordinaire amis et amitiés, ce ne sont que des relations familières nouées par quelque circonstance ou par utilité, et par lesquelles nos âmes sont liées. Dans l’amitié dont je parle, elles s’unissent et se confondent de façon si complète qu’elles effacent et font disparaître la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi.
Au-delà de mon discours et de ce que j’en puis dire particulièrement, il y a je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant de nous être vus, et les propos tenus sur l’un et l’autre d’entre nous faisaient sur nous plus d’effet que de tels propos ne le font raisonnablement d’ordinaire: je crois que le ciel en avait décidé ainsi. Prononcer nos noms, c’était déjà nous embrasser.
Et à notre première rencontre, qui se fit par hasard au milieu d’une foule de gens, lors d’une grande fête dans une ville, nous nous trouvâmes tellement conquis l’un par l’autre, comme si nous nous connaissions déjà, et déjà tellement liés, que plus rien dès lors ne nous fut aussi proche que ne le fut l’un pour l’autre. ».

 (Montaigne, Essais, livre 1, chapitre 28).

dimanche 22 juillet 2018

Et Montesquieu disait: "il n'y a point de liberté lorsque..."

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Il y a, dans chaque état, trois sortes de pouvoirs ; la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil.
Par la première, le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours, et corrige ou abroge celles qui sont faites. Par la seconde, il fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassades, établit, la sûreté, prévient les invasions. Par la troisième, il punit les crimes, ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger ; et l’autre, simplement la puissance exécutrice de l’état.
La liberté politique, dans un citoyen, est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sûreté : et, pour qu’on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel, qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.
Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté ; parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.
Il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative, et de l’exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur.
Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs ; celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.
Dans la plupart des royaumes de l’Europe, le gouvernement est modéré ; parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l’exercice du troisième. 
Chez les Turcs, où ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.

Montesquieu (1689-1755), De l’Esprit des lois, 1748. Livre XI, chapitre VI.